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Demain il fera beau, le nouveau roman de Jocelyne Printemps

du Rédacteur Suprême
publié le 28-12-1999

"La pluie tombait sur l'aéroport de Göteborg. Le ciel n'existait plus, les nuages et le brouillard qui se formait au dessus du tarmac ne faisaient plus qu'un, la cime des sapins avait disparu." Ce sont les premières impressions suédoises de Lucie, l'héroïne de Demain il fera beau. Pour son second roman, Jocelyne Printemps reprend le récit de la vie de Lucie, jeune fille sensible qui avait tant ému les lecteurs de Hier, l'orage. Deux ans après sa naissance épigraphique, Lucie semble avoir mûri, comme si la maturité qu'acquiert Jocelyne Printemps accompagnait celle de son héroïne fétiche.

Il fait beau
CC Wikimedia

Ce n'est pas la jeune fille de 19 ans que les lecteurs vont retrouver lorsqu'elle débarque à l'aéroport de Göteborg "pour un étrange premier rendez-vous, compliqué et lointain" mais bien une jeune femme de 21 ans, "sûre d'elle-même et parfois si hésitante". Derrière la magie du verbe et la délectation que l'on ressent à lire ces phrases dont le style emporte le lecteur dans un imaginaire illimité, le génie de Jocelyne Printemps nous donne à partager les émotions d'une héroïne qui vieillit en gardant sa fraîcheur.

Lucie va donc rencontrer Leif, avec qui elle entretient une correspondance nourrie depuis quatre mois via Internet. "Elle le cherche des yeux à travers la baie vitrée du balcon qui surplombe le hall de réception des bagages. Elle sent monter en elle un désir inconnu, un désir d'inconnu aussi. Où est-il ? se demande-t-elle angoissée à l'idée qu'il ne soit pas au rendez-vous. Son sac de voyage, trop lourd pour elle, arrive sur le tapis et la tire de ses réflexions. Il faut le porter." Ainsi se construit le récit de Jocelyne Printemps, alternance d'intimité introspective et de matérialité, frôlant parfois la métaphysique : "Qui suis-je donc, se demandait Lucie, pour accepter que cet homme porte mon sac ?". Leif est au rendez-vous, et le roman se structure désormais autour de ces deux personnalités, fortes mais encore en construction.

"Leif était plus beau que sur la mauvaise photo numérique qu'il lui avait envoyée. Son regard plus vivant, aussi. Ses yeux étaient verts, ses cheveux bruns et très courts, ses épaules larges et musclées donnaient envie à Lucie de s'y blottir. C'était presque irrésistible." Elle sait déjà qu'il sera l'homme de sa vie, "l'homme de sa vie, oui, ou plutôt de cette vie-là, tant qu'elle se sentirait bien dans peau, avec lui, tant qu'elle n'aurait pas envie d'ailleurs. Sa vie de maintenant."

Les deux tiers du roman de Jocelyne Printemps se déroulent en Suède, "dans le port de Göteborg où Lucie n'entend pas de marins qui chantent", "sur l'autoroute qui va jusqu'à Malmö" ou "à Borås, où vit paisiblement la grand-mère de Leif". Tous les mots sont comme pesés, aucune phrase ne semble inutile, le lecteur est entraîné comme l'héroïne prise dans "une machinerie délicieuse dont l'engrenage la promène du lit de Leif à la félicité". Car "c'est qu'il baise bien, le bougre" se dit-elle, après le troisième assaut de leur première nuit ensemble dans un hôtel luxueux, en face de l'entrée du Liseberg.

"La pluie tombait encore sur l'aéroport de Göteborg. Elle ne s'arrêtait donc jamais ?" Lucie reprend l'avion mais elle n'est pas seule. "Leif lui a offert un poisson rouge", témoin et confident de leurs amours. Elle rentre à Roubaix où elle retrouvera "sa petite vie, son amie d'enfance, et son cher écran qui lui permet d'écrire à Leif." Elle aurait préféré le ramener lui, plutôt que le poisson rouge, mais il a promis qu'il viendrait. "Il l'a promis, se répète-t-elle avec la force du désespoir en contemplant le brouillard absolu qui plonge la rue de l'Alma dans les vapeurs de la folie de Roubaix, en sortant de la gare".

Cette "incertitude eschatologique" de la venue du Suédois à Roubaix occupe les dernières pages du roman de Jocelyne Printemps. Les héros s'interrogent : "Qui es-tu vraiment ?", écrit un jour Lucie à Leif, "Qui es-tu pour me poser cette question ?", lui répond-il dans ce français parfait qui l'a tant séduite. Cette fin du récit est comme une mise en abîme de l'Écriture, l'auteur atteignant des sommets dans la maîtrise de son art.

"Le tourbillon emporte Lucie." Ainsi commence le dernier chapitre de Demain il fera beau. Pour elle, elle le sait, elle l'a écrit à Leif, "c'est l'heure des choix."

Le lecteur est tenu en haleine jusqu'au bout, dans une féerie de mots et toujours ce style simple mais fascinant qui donne à Jocelyne Printemps cette place amplement méritée de figure de proue, de chef de file d'une nouvelle vague de femmes de lettres. Son nouveau roman rejoindra à n'en pas douter le premier qui est depuis deux ans le livre culte d'une génération qui a reconnu en Lucie l'héroïne éponyme de ses troubles existentiels et de ses phantasmes post-phénoménologiques.

#Jocelyne Printemps | #il fait beau | #Göteborg

 

Rédacteur Suprême

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