Fuck my cancer

Manuela a un cancer et en fait tout un livre

publié le 28-04-2015

Manuela Wyler ne pouvait trouver titre plus synthétique pour son blog que ce "Fuck My Cancer", le cri de guerre devenu désormais, et à partir de ce 29 avril au matin, le titre de son livre édité chez Fayard, autopathographie sans pitié, qui décrit l'histoire non terminée de son carcinome lobulaire infiltrant (#çafaitpeur). Ou comment un connard, Carlo, ledit carcinome, s'attaque à Manuela et trouve en elle une sacrée emmerdeuse. La quatrième de couverture évoque "un blog énervé et humoristique". A dire vrai, pour ce qui est de rigoler sur le cancer - car on peut rire de tout, même du cancer, surtout celui des autres pour les moins doués d'entre nous autres humoristes - il vaudra mieux relire les oeuvres complètes de Pierre Desproges.

Le cancer, c'est maintenant

Car Manuela n'est pas drôle, en vérité je vous le dis : lors de sa tournée mondiale qui s'annonce, elle ne fera pas mourir de rire son public fervent. Elle montrera juste, dans la simplicité qui est la sienne, celle de son livre "garanti sans eau de rose", l'implacable piège du cancer.

Sans humour omniprésent ni cynisme (mais les amateurs apprécieront les piques disséminées tout au long du récit), sans larmoiement (mais le lecteur pleurera car il a un coeur), Manuela décrit le cancer qui prend le contrôle sur la vie du patient (qui n'est pas très patiente d'ailleurs) et de son entourage. Honnêtement, il faut que la vie soit une sacrée chienne galeuse ou quelque espèce isomorphe pour s'attaquer ainsi à une emmerderesse du niveau de Manuela qui a besoin de tout contrôler dans la vie, jusqu'à la date de publication des critiques de son livre (malgré des exceptions qui font souffrir le rédacteur suprême) : seule une chienne galeuse pouvait nourrir l'idée de lui infliger cette stupide souffrance de perdre le contrôle sur sa maladie et donc sa vie.

Et ce dès le début, tel cet extrait des toutes premières pages qui a, le premier, stimulé mes zygomatiques (pardon à la famille) et qui donne le ton : " Nous avons décidé de ne rien dire à nos enfants avant le résultat de la visite au Centre Léon-Bérard. Nous étions en avance sur l'heure du rendez-vous avec notre fils et sa femme. Ils sont arrivés, j'ai tenu deux minutes avant de cracher le morceau."

Oui, c'est une emmerdeuse de niveau international, celle que doivent craindre ces grands médecins engoncés dans les certitudes qu'entretient l'atmosphère éthérée de leur tour d'ivoire conquise au terme de longues et pénibles études, on ne les plaint toutefois pas, desquelles ceux qui n'avaient ni oreilles pour entendre, ni empathie pour écouter et comprendre, en sont sortis sans oreilles pour entendre ni empathie pour écouter et comprendre, mais non moins bouffis de l'importance qu'ils donnent à leur science : Manuela les emmerde, du début à la fin de sa chronique, depuis cette exigence de double mastectomie jusqu'au refus de la radiothérapie.

Et Manuela est toujours avec nous, dans le même coefficient espace-temps, presque contre tout avis médical.

Toujours avec nous, égale à elle-même (donc très emmerdeuse), malgré l'épreuve de la maladie qu'elle affronte avec courage, dans la pudeur inattendue de sa chronique. Manuela nous décrit non seulement la souffrance de la maladie mais l'horreur des soins : le cancer, cette maladie que l'on soigne par des poisons ou par le feu, mais aussi ces soignants qui ont séché TOUTES les UV de psychologie, ces radiologues qu'on dirait avoir été formés à l'école des camps, et l'inhumanité du monde carcéral médical. Le lecteur pose le livre en étant plus terrorisé par la perspective d'être soigné du cancer que par la perspective d'en mourir, ce qui ne relève finalement que d'une statistique, alors que pour l'humanité des soignants, c'est la loterie.

Manuela est donc toujours avec nous, et pour longtemps malgré l'autopathographie, et des enfants naissent, ce qui est bien le plus beau message de l'auteure : la vie est plus forte que le cancer. A condition, bien sûr, d'avoir intelligemment organisé la transmission de son hérédité.

 

#cancer | #Manuela Wyler | #carcinome | #sein |

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