Les variations d'Augustine

publié le 02-06-2015

L'Histoire des Internets sera marquée à jamais par ce jour où Augustine a timidement levé le doigt pour être interviewée par Maître Roger, après l'un de ces vibrants appels au peuple de twitter et de la blogosphère réunis dans la communion francophonie de bon goût autour de Lui. Et la vie de Maître Roger est à tout jamais changée depuis ce jour bénit où il a reçu et lu les réponses d'Augustine, qui fleurent bon l'amour et la vie. Même s'il faut l'avouer, Augustine s'est quelque peu écartée du concept en posant elle aussi des questions à Maître Roger, alors que c'est Lui qui pose les questions, non mais oh. Toutefois, il sera infiniment pardonné à la jeune Augustine en raison de ce qu'elle écrit et de ce qu'elle aime, de Proust à Bach, sans oublier les indispensables cinémas du quartier latin. Lisez et écoutez Augustine, et vous aussi vous aimerez la vie.

Augustine, peux-tu te présenter à nos lecteurs avides de connaissance de la blogosphère francophone ? Qui es-tu ? D'où viens-tu ? Où vis-tu ?

Ah mais quelle émotion d'être interviewée par le fameux Maître Roger, voilà qui me rend toute chose... qui suis-je ? Je suis la fille de l'or, la peau chaude au soleil, les talons calleux de ceux qui ne vivent que pieds nus et l'amour en bandoulière ; je suis la fêtarde invétérée qui n'est jamais plus heureuse qu'à une table pleine de mets et de convives, un verre de blanc à la main et le sourire jusqu'aux oreilles ; je suis l'amoureuse fougueuse, le corps tendu, le coeur battant et les bras ouverts à la surprise ; je suis la mère louve qui porte ses petits au plus près du ventre et leur parle à genoux pour voir le monde depuis leur hauteur ; je suis l'écrivante timide qui joue avec les mots souvent maladroitement... j'ai grandi dans un village préservé, à l'ombre de la pinède et pas loin de la mer ; dans une drôle de communauté où les portes des maisons n'étaient jamais fermées et les enfants allaient et venaient, de la garrigue aux roches à escalader, dans les jardins, les cuisines et sur les rebords des murets qui écorchaient nos genoux et ravissaient notre imagination. Après un passage à Paris et un autre à Toulouse, me voilà désormais installée avec ma tribu au coeur de ces petites bulles de collines qui font la Drôme du nord, dans une grande maison en pierres apparentes que nous partageons avec des amis, pour faire semblant d'être toujours en vacances.

Tu as commencé ton blog «Ici on peut apporter ses baisers» en 2012. Hantais-tu sur les Internets avant cette année-là ?

Mes premiers pas sur les internets, il faut bien l'avouer, datent des skyblogs... mon tout premier espace d'écriture racontait mes maux d'adolescente tourmentée (peut-on faire autrement ?) et doit dater de 2004... je crains qu'il n'existe plus mais quand bien même, je ne donnerais jamais au grand jamais le lien ! Passant de support en support, je me suis enfin retrouvée sur «Ici, on peut apporter ses baisers» et je l'aime bien, ce petit coin à moi. Et toi, tu les as apportés, tes baisers, dis ?

Avant ton blog, écrivais-tu tes textes et poésies sur un cahier secret ?

Oh bon sang, oui ! J'ai encore dans des malles des dizaines de pages volantes et de petits carnets reliés qui contiennent mes débuts balbutiants d'écrivante, mes états d'âmes, mes rêves, mes contrariétés et tout ce qui m'a construite. Je ne les relis jamais mais je sais qu'ils existent quelque part et qu'en quelque sorte, ils me font. En grande romantique, j'ai le souvenir de cette scène dans The Bridges of Madison County, lorsque les enfants de Francesca découvrent ses cahiers de notes, j'ai le souvenir de lire ceux de ma grand-mère après l'avoir tant et tant pleurée et je trouve ça beau, cette transmission sur le tard de qui nous avons été, ce que nous avons esquissé dans notre vie et de ces clefs de nous qui se découvrent par nos proches grandis.

Comment t'est venue l'idée de ce blog ? Et de son titre ?

Ce blog n'est que la continuité des précédents, lorsque les espaces devenaient trop étroits pour mes envies ou que, à l'instar de ma maison dans laquelle j'aime déplacer les meubles pour la réinventer, j'avais envie de changement... deux-mille-douze, il me fallait un endroit plus calme, moins chargé, avec de la musique et des textes. Ce titre est emprunté à une chanson de Pierre Perret, qui a été merveilleusement reprise par les Ogres de Barback et il fait sens avec qui je suis... que faut-il emmener d'autre, que faut-il offrir d'autres que ses baisers, ses baisers, ses baisers ?

Pourquoi as-tu dit à Maître Roger que tu es une blogueuse «en carton» ? Comment s'explique pareille modestie absolument injustifiée vu la qualité de tes textes ?

Vous me flattez, jeune homme :) Je me prétend blogueuse en carton parce que je n'ai aucune constance dans mes publications, je pose des choses au gré du vent, de l'inspiration, de mes envies, je peux me taire des mois durant comme abreuver tous les jours, je n'ai pas de stratégie et j'ignore tout de mon audience sinon les jolis mails que je reçois parfois quand mes lecteurs ont été touchés de mes humbles mots. Je ne sais pas si mes textes sont de qualité, je suis incapable d'avoir aucun recul sur ce sujet, j'aime juste retranscrire mes émotions et j'essaie de le faire au mieux, au plus juste.

Si j'ai bien tout compris, c'est grâce à une certaine Lucile que ton blog comprend aussi une version lue par toi de certains de tes textes. Mais qui est donc cette Sainte Femme qui a eu une si brillante idée ?

Lucile... Lucile écrit sur Les filles élecdtriques mais je l'ai découverte sur un précédent blog où elle parlait de cinéma. J'ai eu la chance de la croiser brièvement une année où nous bossions toutes les deux sur le festival de Cannes et je suis par les réseaux sociaux et par son blog l'évolution de sa délicieuse petite famille. Elle a un jour enregistré un de ses textes et j'ai trouvé ça fabuleux, cette voix qui prenait toute la place dans le silence de ma maison endormie. J'ai eu envie de tenter l'expérience à mon tour, ça faisait aussi sens avec ce sur quoi je travaillais à ce moment-là et j'ai adoré ce petit jeu de lecture.

Est-ce que tu écris en pensant à ce que Camille en pensera à l'âge de te lire et te comprendre ?

Toujours. Camille, et Blanche aussi. Je ne sais pas s'ils comprendront, j'ai parfois du mal à trouver l'équilibre entre la mère louve férocement attachée à ses enfants et la femme éprise d'indépendance que je suis et je ne sais pas si tous mes choix, mes renoncements, mes productions leur paraitront lisibles lorsqu'ils seront plus grands mais il n'y pas un mot que j'écris sans penser qu'ils pourront le lire et essayer de décrypter la femme qui n'était pas que leur mère.

J'aime beaucoup la photo de la rue Saint Jacques qui illustre ton billet «au pays des matins calmes pas un bruit ne sourd». Elle me rappelle ma jeunesse, au XXème siècle. Certes ce n'est pas une question, c'est juste une remarque en passant.

Cette fois c'est à Bashung et sa Fantaisie Militaire que je dois ce titre... Quant à la photo, tu as l'oeil dis donc ! Pour tout t'avouer, elle est de mon amoureux (même que si tu veux voir d'autres photos de lui, tu peux aller )

La rue Saint Jacques et tout le quartier latin, c'est... c'est V. que je rejoins à Paris presque sur un coup de tête, abandonnant ma vie montpelliéraine, ce sont mes amis de dix ans, ce sont mes soirées folles, les appartements mystérieux dans lesquels je me retrouve à parler de Proust ou du fanatisme religieux, ce sont mes mardis soirs accompagnée d'étudiants à bérets, c'est la parcourir mille fois par jour, c'est Gabin à l'Action Ecole un soir d'été, la robe qui colle à la peau après avoir couru sous l'orage pour ne pas manquer le début de la séance, c'est le baiser fougueux - et volé -, au corps à corps contre une barrière d'un garçon au visage parcheminé que je ne pourrais jamais cesser d'aimer. Et toi, dis, elle t'évoque quoi la rue Saint Jacques ?

Toute blogueuse en carton que tu prétends être, tu n'échapperas pas à la célébrité internationale, quoi que francophone, qui t'attend après la publication de ton interview. Es-tu prête ?

Ouhlala, je ne m'avancerai pas sur le sujet... je suis timide, je t'ai dit ? Est-ce à dire qu'il va falloir que je me remette sérieusement sur les rails et que je commence à publier régulièrement ? Voilà qui est bien effrayant... Je n'ai pas la popularité d'un Maître Roger, moi, mon cher !

Si Maître Roger passe pas loin de toi, ou le contraire : où vous inviterez-vous à déjeuner ?

Mais chez moi, bien sûr ! Je te mitonnerais un petit dîner à base de ravioles fraîches, de salade du jardin, de vin de Tain et des petites douceurs aux fruits. Le cerisier commence à donner et derrière le potager, il y a du thym, de la sauge et des figuiers... Je crois qu'on tient quelque chose, là, non ? En revanche, si je passe dans tes lointaines contrées, je te laisse le plaisir de me surprendre ! Tu as une idée ?

Comment ta vie a-t-elle changé depuis que tu connais Maître Roger ?

Aaaah, ma vie a pris un sens nouveau depuis que je connais Maître Roger... Je ne sais plus m'endormir sans bisous dans le cou et grâce à lui, moi qui n'ai pas de télévision, je reste incollable sur les émissions les plus populaires, d'ADP à l'Eurovision. Je peux donc crâner en soirée et faire totalement illusion. Maître Roger est devenu indispensable à mon quotidien d'exilée campagnarde !

Quelle musique as-tu écoutée pour répondre à cette interview ? (exceptionnellement, il sera précisé que Maître Roger a écouté «Close to you» des Carpenters pour relire les questions)

Les variations Goldberg, par Glenn Gould... et alors, Close to you, ça t'as fait des petits frisssons partout ? :)

Et dis-nous, que reste-t-il de nos idylles ?

Cette joie sauvage au fond du ventre, qui remonte parfois sans qu'on s'y attende et qui remet le corps en mouvement, cette joie intense qui nous rappelle pourquoi nous vivons et quel plaisir il y a à le faire.

 

lire son blog : Ici, on peut apporter ses baisers

 

le billet d'avant, le 18-05-2015

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le billet d'après, le 23-06-2015

Sophie Gourion, princesse des Internets

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