Sophie Gourion, princesse des Internets

publié le 23-06-2015

Il y a mille et une raisons de lire le blog de Sophie Gourion, ne serait-ce que pour ses analyses du sexisme trop ordinaire de la communication contemporaine ou pour son récent clash avec des «profs haters» bas du neurone. Les fans de Maître Roger, qui sont naturellement nombreux parmi les lecteurs de Désinformations.com, apprécieront aussi Sophie pour ses troublants points communs avec le rédacteur suprême, depuis ses débuts sur les Internets au même moment que Lui à la vitesse affolante de 56K, jusqu'à son bannissement de Google AdSense pour pornographie imaginaire. Amis lecteurs, n'hésitez plus ; lisez-en et mangez-en, du bon blog de Sophie !

Dans ton «1er post» de ton blog «tout à l'ego», tu décris ce qu'il y avait avant, à savoir un autre blog créé en 2002. Ce siècle avait deux ans, et Désinformations.com trois. Bref, nous étions des pionniers. Ça fait quel effet d'être une survivante d'une époque qui a vu naître les moins de 15 ans ?

Là tout de suite, ça me donne envie de chanter «I'm a survivor» des «Destiny's child» en body doré mais mes enfants vont encore me dire que je leur fous la honte. Je vais donc plutôt citer ce cher Charles et vous parler d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Les années 2000 c'était un peu la bohème : il n'y avait pas encore de billets sponsorisés, les blogueurs se comptaient sur les doigts d'une main et mon bon vieux modem 56k balançait son cri strident à chaque connexion. Je me souviens à l'époque devoir expliquer à chaque fois à mon entourage ce qu'était un blog. Maintenant si t'as pas de blog, t'as un peu raté ta vie. La preuve, mon fils de 9 ans et mon beau-père de 89 ont chacun le leur. Donc certains jours, je me sens comme une pionnière, d'autres comme un dinosaure.

Pourquoi as-tu créé ton blog «tout à l'ego» ? Comment t'est venue l'idée du titre ?

Quand j'ai lancé le blog en 2011, je venais de quitter ma boîte après 11 ans passés dans le marketing. Je cherchais ma voie et avais vraiment envie de me lancer dans l'écriture et d'en vivre. Problème : je n'avais rien à montrer, n'avais pas fait d'école de journalisme et n'avais aucun réseau. Je me suis dit que le blog pourrait être une vitrine professionnelle et qu'il me permettrait de montrer ce que je savais faire. Et magie d'internet, ça a marché. Pour le titre, je cherchais une expression qui montrait que je n'avais pas de ligne édito claire, que je me permettais d'écrire sur tous les sujets. Je voulais aussi évoquer le côté «egotrip» du blogueur. Comme j'aime bien les jeux de mots, j'ai choisi «Tout à l'égo, ma vie en vrac sans tri sélectif» (tu l'as ou pas ?)

Ton analyse des pubs sexistes est-elle un bon plan pour le placement produits et les billets sponsorisés sur ton blog ?

Alors, clairement, le féminisme c'est pas du tout une bonne niche pour se faire du fric ou faire péter les billets sponsos. Y avait de la pub sur mon blog à un moment mais Google l'a virée parce qu'il a trouvé des images obscènes à ce qu'il paraît. Donc mon blog ne me rapporte rien financièrement. L'avantage c'est que ça me permet une totale liberté : quand je teste des produits c'est totalement objectif, quand j'allume des marques, je n'ai pas peur de perdre un annonceur. Et quand je décide de faire une longue pause dans l'écriture (la dernière en date, 4 mois d'arrêt du blog, comment ça tu ne l'as pas remarqué ?), je n'ai aucune pression.

Tu suivais Maître Roger depuis longtemps sur les réseaux dits sociaux sans oser solliciter une interview, et vous avez décidé de cette interview suite à ton billet sur «ces profs qui clashent sur twitter». Quel enseignement tires-tu de cette aventure avec les profs qui clashent ?

Le bon côté de cette aventure a été de découvrir plein de profs bienveillants dont je ne soupçonnais pas l'existence sur Twitter avant. Car malheureusement, comme dans beaucoup de domaines, ce sont les plus cyniques et les plus trashs qui sont aussi les plus visibles et les plus audibles. C'est d'ailleurs la première fois que j'ai bloqué autant de monde après deux jours de lynchage non-stop. J'ai eu le droit à tout de la part des profs qui clashent : morue, pétasse, connasse, attaque sur le physique...Depuis, deux autres articles ont été écrits, l'un par Mr Pourquoi et l'autre par Tomsias, je me dis donc que mon billet aura au moins permis cela.

Sais-tu que le «bingo des profs haters» pourrait s'appliquer à moult professions, voire à tous les pisse-froid et autres mal câblés du deuxième degré ?

Oui, mon bingo peut, en effet, être réutilisé à 80% pour d'autres thèmes. Les expressions employées sont d'ailleurs souvent utilisées par les racistes, antisémites ou les misogynes qui chouinent à longueur de temps sur l'air du «On peut plus rien dire ma bonne dame» ou «C'est pas très Charlie». Le pire c'est que tous ces gens ne s'identifient pas du tout en tant que «pisse-froid» justement, ils ont l'impression d'être très subversifs.

En synthèse : ouverture ou pas ouverture des commentaires sur un blog ou un web-journal ?

Depuis 4 ans, j'ai dû fermer les commentaires 3 ou 4 fois à tout casser. Mais par ricochet, j'ai récupéré sur Twitter tous les haters qui hurlaient à la censure. C'est toujours instructif d'échanger avec son lectorat, même si parfois il n'est pas tendre. ça me donne des idées pour d'autres billets, ça me permet de trouver des idées de lecture. Mais j'avoue qu'il y a des jours où j'ai juste envie d'écrire sans avoir à m'expliquer sur chaque mot. Donc en conclusion : oui aux commentaires mais avec la possibilité de les fermer quand le sujet est trop personnel ou si l'on sent qu'il va attirer les trolls et les insultes.

Il faut coucher avec qui pour publier une tribune dans Le Monde ?

Pourquoi, t'as envie d'avoir une tribune dans le Monde, Maître Roger ? Je vais te décevoir, je n'ai couché avec personne. C'est encore grâce au blog, figure-toi. Un de mes billets avait été repéré par Samuel Laurent, qui m'a ensuite mise en contact avec le rédacteur en chef de la rubrique «Débats» du quotidien. Je me souviens, j'avais acheté 4 exemplaires du journal quand mon article est paru. Toute émue et fière j'avais dit à la vendeuse du kiosque «J'suis dedans, j'suis dedans !» et elle m'avait répondu «Dans la rubrique sexologie ?» No comment.

Tu n'ignores pas que la publication de ton interview dans Désinformations.com va te faire entrer dans une nouvelle ère de célébrité numérique. Es-tu prête à devenir encore plus célèbre qu'après ta tribune dans Le Monde et ton clash magistral avec les profs haters ?

Je t'avoue que c'est pour ça que j'ai mis du temps à accepter cette interview, j'attendais d'être totalement prête pour ce changement de vie. Maintenant, à 42 ans, je me sens mûre pour accueillir les hommes nus qui scanderont mon nom, pour piquer une tête dans une piscine de champagne et supporter ma vision en 4X3 dans les couloirs du métro.

Où Maître Roger t'invitera-t-il à déjeuner pour votre première rencontre IRL ?

Au bistrot des Dames, à deux pas de mon ancien chez-moi, dans un très joli jardin. Mais prépare ta CB car j'ai un très gros appétit et le combo entrée / plat / dessert ne me fait pas peur.

Comment ta vie a-t-elle changé depuis que tu connais Maître Roger ?

Depuis, j'ai le poil brillant, l'haleine fraîche et la jambe légère.

Quelle musique as-tu écoutée pour répondre à cette interview ?

Je vais encore te décevoir mais je n'ai pas répondu à cette interview en déshabillé de soie, un thé fumant dans une main, un muffin sans gluten de l'autre, avec en fond sonore une sonate de Bach (y'a pas écrit blogueuse mode, là). Mon fond sonore c'était plutôt les enfants qui s'entretuaient avant de venir me dire «Maman, lâche ton téléphone».

Et ton ego, dans tout ça ?

Pour l'instant, il se tient tranquille mais après la mise en ligne de l'interview sur Désinformations.com, je ne réponds plus de rien !

 

lire son blog : Tout à l'ego, ma vie en vrac sans tri sélectif

 

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