Vagant, idole des hypokhâgneuses

publié le 14-01-2016

Il est grand temps de faire connaissance avec Vagant, auteur du blog éponyme «Extravagances», dont la lecture sera recommandée aux seuls adultes consentants. Lesdits adultes ne sauraient pourtant réduire Vagant à ses seuls écrits érotiques qui, certes brillants et de bon goût, ne peuvent pas résumer l'auteur virtuose, le séducteur d'hypokhâgneuses, l'exégète de Saint Augustin... Lisez interview de Vagant, lisez son blog, lisez ses nouvelles, et mesdames, mesdemoiselles, n'hésitez pas à lui écrire auprès de Maître Roger qui transmettra. Et n'oubliez pas de coucher les enfants avant tout ça.

vagant75

Vagant (@vagant75)

son blog : Extravagances

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Vagant, quand, comment et pourquoi as-tu commencé ton blog ?

Sur un coup de tête. Après être tombé sur celui de Comme Une Image, hébergé à l'époque sur Haut et Fort, ainsi que le blog d'un couple libertin fascinant qui était intitulé Nos liaisons dangereuses. J'ai eu envie d'avoir un espace personnel sans devoir jouer à cache-cache avec la censure des forums de discussion.

Avais-tu une vie sur les internets avant ton blog ?

Avant mon blog, je sévissais essentiellement sur le forum Couple-Aventure d'auFeminin.com, aujourd'hui disparu. J'étais encore marié à cette époque, avec une femme merveilleuse, mais avec laquelle je n'avais pas une vie sexuelle très satisfaisante. Gleeden n'existait pas ni les réseaux sociaux, et la majorité des internautes étaient alors des hommes. Ce forum de discussion m'est apparu être une véritable oasis, pour moi qui suis incapable d'aborder une inconnue IRL. J'y ai donc fait mes premières armes d'auteur érotique, et rapidement d'amant.

Pourquoi ce titre, «Extravagances» ?

Mon pseudonyme était Extravagant sur auFeminin, et l'on avait fini par m'affubler du diminutif de Vagant. Extravagances s'imposait pour raconter mes histoires de cul et de coeur.

Il y a dans ton blog une page «à propos» parfaitement structurée et complète ; mais tu connais les gens, ils ne lisent jamais la page «à propos» ou l'autre page indispensable, «charte». Que peux-tu dire à nos lecteurs feignasses pour présenter le contenu de ton blog ? (et sans copier ce qu'il y a dans la page «à propos» sinon il y en a qui vont râler qu'on leur donne deux fois la même chose à lire)

Que dire de plus sinon que mon blog oscille entre mes histoires érotiques plus ou moins imaginaires, des billets d'humeur et des réflexions diverses autour de la littérature ? J'ai longtemps caressé des ambitions littéraires inassouvies. Pour tout te dire, je rêve d'être le Kundera de la pornographie. Depuis quelques mois, je suis parvenu à me faire connaître auprès de maisons d'édition spécialisées, notamment Chez Dominique Leroy où j'ai publié Mon chien Picchi (qui n'est pas une nouvelle zoophile !) et La Musardine en participant à la collection Osez 20 histoires. D'autres titres sont à paraître pour l'année prochaine, dont la révélation scandaleuse de l'usage du fauteuil de volupté par le prince de Galles... Scoop ! Par conséquent, mes lecteurs trouveront aussi sur mon blog un peu de pub personnelle.

Ton premier billet cite Kundera, les deux suivants Comte-Sponville et Onfray ; ton dernier billet évoque ta lecture de René Girard et tu cites Proust, «La Prisonnière». C'est bien pour pécho de l'hypokhâgneuse, un blog comme le tien ?

C'est clair ! Au niveau oral, j'attends autre chose des femmes que des pipes et des cunnis. Il y a toute une vie entre la levrette et l'amazone, qui est bien plus enrichissante auprès d'une amante cultivée qu'une bimbo décérébrée. Le plan Q a ses limites. De surcroît, je n'ai quasiment jamais séduit autrement que par écrit. Une femme de peu d'esprit sera plus réceptive aux qualités physiques qu'aux citations d'Eric-Emmanuel Schmitt. Cela ne signifie pas que je ne suis sensible qu'aux diplômées. Celle que j'ai prénommée «Sarah», la flamboyante héroïne de sans vain coeur ni vain cul, était une simple femme au foyer, mais elle écrivait si bien et avec une telle imagination, qu'il m'était impossible de ne pas tomber sous son charme.

Qu'est-ce que le blog a changé dans ta vie ?

Pas énormément de choses en vérité. auFeminin a bouleversé ma vie sage, et le visage de mon blog est dans cette continuité.

Selon les archives de ton blog, tu as beaucoup écrit en 2007-2008, puis plus rien pendant 4 ans, voire 5 ans puisque tu n'as repris régulièrement le clavier que début 2014 ; tu as un alibi pour la période octobre 2008 - janvier 2014 ?

Oui, j'étais heureux. Je crois qu'il faut un minimum de souffrance pour bien écrire, tout au moins d'insatisfaction en ce qui me concerne. Dans la plénitude du bonheur, on jouit de l'instant présent comme un con, car on n'a pas à chercher l'issue qu'on entrevoit dans et par l'écriture.

Tu n'ignores pas que la publication de ton interview dans Désinformations.com va susciter un intérêt populaire incontestable, et des hordes d'hypokhâgneuses folles de ton cortex se jetteront nues sur toi dans la rue. Es-tu prêt à cette nouvelle vie ?

Je vais essayer de faire face à cette épreuve avec courage, détermination et organisation. Je vais ainsi profiter honteusement de cet article pour passer une petite annonce gratuite, il n'y a pas de petites économies. Je recherche donc une secrétaire pour organiser mes rendez-vous avec mes admiratrices, deux par deux, afin d'écouler au plus vite le flux des demandes dans la mesure de mes capacités libidinales, parce que j'ai beau être une bête de sexe, il m'est difficile, à mon âge, de satisfaire plus de deux femmes à la fois, et l'idée de les décevoir m'est insupportable. C'est que j'ai une réputation à tenir ! Je vous remercie de m'envoyer votre curriculum vitae et une lettre de motivation chez Maître Roger, qui fera suivre. De sérieuses références sont exigées !

Depuis que tu connais Maître Roger, comment ta vie a-t-elle changé ?

Où donc aurais-je pu écrire le paragraphe précédent, sinon sur Désinformations.com ? Merci qui ? Merci Maître Roger ! (que Jacquie et Michel aillent se faire foutre comme ils en ont l'habitude)

Où penses-tu qu'il sera de bon goût de dîner avec Maître Roger pour sceller votre amitié naissante ?

Je connais un bar à vin très sympathique du côté de l'Odéon, d'autant qu'il est tenu par un ami hédoniste. C'est quand tu veux Maître Roger, c'est moi qui régale.

Et Saint Augustin, dans tout ça ? (celui des Confessions, pas la station de métro... mais si tu as une expérience particulière à nous raconter en lien avec la station de métro, nous t'écoutons...)

On peut considérer Augustin comme le père de la conscience individuelle en Occident. Avant Saint-Augustin, ce concept du libre arbitre n'existait pas vraiment, comme l'explique l'excellent Jean-Claude Guillebaud dans La tyrannie du plaisir.

La pensée d'Augustin a été déformée, en extrayant ses petites phrases de leur contexte, comme celle-ci dans Soliloques : «J'ai décidé qu'il ne fallait rien tant fuir que les relations avec une femme : je crois qu'il n'y a rien qui abaisse plus l'esprit de l'homme que les caresses de la femme, que ce contact des corps sans lesquels on ne peut avoir une épouse ». Augustin a ainsi été caricaturé à cause de ses pamphlets excessifs qu'il ne faut pas soustraire de leur contexte historique. D'abord nourri de philosophie néo-platonicienne, Augustin avait adhéré au rigorisme sexuel manichéen avant même sa conversion en l'an 386. Il luttera ensuite contre cet encratisme, à l'origine du puritanisme du XIXème, autant que contre le Pélagisme libertaire, afin de défendre ce qui apparaît être aujourd'hui le juste milieu de la tradition chrétienne, pour éviter l'éclatement de ce qui était alors un mouvement aussi politique que religieux. Avec le Jansénisme, on n'a voulu considérer ensuite que ses textes contre la sensibilité pélagienne qui ne sera pas étrangère à l'humanisme de la renaissance et à la morale accommodante de certains jésuites.

«Pour Augustin, si le désir sexuel est une force aussi explosive qu'inquiétante, c'est parce qu'il échappe, par définition, à la volonté [...] Cette volonté humaine battue en brèche, cette part d'animalité qui, en nous, s'émancipe du contrôle de l'esprit, constitue pour Augustin la définition même de la chute [...] et fait d'elle, au bout du compte, une ombre en miniature de la mort. [...] Résister à la chair, c'est donc réinstaller la volonté humaine dans sa majesté originelle.» nous dit Guillebaud.

Paradoxalement, cette vision de l'homme et de sa volonté mise à mal par la concupiscence a été à l'origine d'un des premiers textes féministes ! Lors du sac de Rome par les Wisigoths en 410, des milliers de Romaines ont été violées. La morale païenne de l'époque leur faisait un devoir impératif de se suicider. Augustin leur écrivit ceci «Tant que [votre] volonté demeure ferme et constante, quoi qu'il advienne du corps ou au corps, si l'on ne peut fuir sans péché, on est innocent de ce que l'on souffre [...] Ainsi donc, à ces infortunées qui se sont tuées pour ne pas souffrir de tels outrages, quel coeur refuserait le pardon ? Et celles qui n'ont pas voulu se tuer de peur de se défendre du crime d'autrui par leur propre crime, qui pourrait les accuser sans encourir l'accusation de folie ? » Ceci marque donc la prééminence de la volonté individuelle contre les exigences tyranniques d'une société holiste. La philosophie antique était incapable de penser l'individu au sens qu'a donné la modernité occidentale à ce terme. L'individu ne pouvait être considéré en dehors de sa collectivité. C'est Augustin qui formule le projet d'un individu capable du renoncement volontaire à des lois iniques, non pas hors du monde comme un ermite, mais dans le monde.

 

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