Cher Léon, chère Alice, chère Manuela

publié le 01-04-2016

Manuela Wyler répond une nouvelle fois aux questions de Maître Roger. Nous l'avions rencontrée il y a un an pour son blog et son livre, «Fuck my cancer», l'occasion aussi d'évoquer à l'époque Kitchenbazar, «de la cuisine et des recettes plutôt juives et plutôt ashkénazes tendance alsacienne», et aussi Jewish Traces, «plus qu'un nom dans une liste». Cette année, Manuela nous invite au voyage dans ses archives familiales où nous faisons connaissance avec ses chers Léon, et aussi Ady, Alice, Lizzie... Belles rencontres que nous aurions juste aimé vivre dans d'autres circonstances mais puisque Manuela profite de l'occasion que lui offre sa méningite carcinomateuse pour nous offrir une merveilleuse leçon de savoir-mourir, ne boudons pas notre joie de partager ses lettres à son «Cher Léon» et apprenons, nous aussi, à vivre en harmonie avec nos morts.

mwyler

Manuela Wyler (@mwyler)

son blog : Cher Léon

Depuis le début du mois de mars, tu as consacré les heures de répit que le connard de cancer t'a laissées à créer le blog «Cher Léon», principalement écrit sous forme épistolaire. A qui écris-tu dans ce blog ?

J'écris à mon grand-père maternel, Léon. L'autre s'appelait aussi Léon et son histoire mérite tout autant d'être racontée. Je l'ai d'ailleurs commencée sur mon blog de cuisine (je sais, je suis bordélique, on ne range pas ses ancêtres dans la cuisine. Mais chez moi, la cuisine c'est le lieu où on transmet).

Aujourd'hui le temps se rétracte pour moi, alors j'ai choisi le plus petit en taille et le plus jeune des deux. Les deux sont à la même place dans mon coeur. Il faut juste se lancer et commencer.

Sinon, tu as le texte de l'à-propos et je t'y présente Alice. Ma tante.

Peux-tu nous présenter «Cher(s) Léon» en trois superlatifs ? Et, sans te commander, développer en quelques lignes le pourquoi du choix de chaque superlatif...

Maximus, parce que c'est mon projet le plus ample et que tes lecteurs cherchent dans les pages roses du Larousse.

Optimus, parce que je pense m'être améliorée et que ma marge de progression est inexistante, comme la durée de mes jours.

Proximus, parce qu'en dehors de mes vivants, mes morts sont avec moi.

Que s'est-il passé il y a 20 ans pour que tu commences ton enquête dans les archives familiales à la recherche d'Alice ?

J'ai mûri, j'ai cessé de me regarder le nombril.

Quelle est ta définition d'une famille ?

Mais ça ne se définit pas une famille ça se nourrit, ça grandit, ça évolue, ça s'ouvre, ça se transforme. Liens du sang, liens du coeur, liens brisés.

Tu n'as pas l'impression qu'il y a quand même beaucoup de juifs dans ta famille ?

Ben c'est sûr que ça peut déranger, d'autant que ceux-là sont ashkénazes, mais nous ne donnons pas dans l'exclusif ni dans le sélectif à l'entrée. Nous aimons les autres comme ils sont sans volonté de les changer.

Combien de billets encore à écrire sur «Cher Léon» ?

Un par jour tant que mon cerveau me laissera le faire. Ecrire plus m'épuise. Personne ne connaît le nombre de jour de sa vie, et je n'ai pas reçu de message à ce sujet. Chaque fois que j'ouvre les yeux, je me dis «va écrire», après je vérifie que mon corps est d'accord. Quand il me dit qu'il est l'heure de me recoucher, j'obéis et j'espère me relever à nouveau.

Qu'est-ce qui est prévu si pour des raisons indépendantes de ta volonté tu ne peux pas terminer toi-même l'écriture des traces de ta famille ?

Rien, je ne veux assigner de mission à personne. Je ne crois pas aux injonctions, il faut suivre les élans de son coeur et rester audacieux. J'aime trop les miens pour leur demander de se priver de leur propre liberté.

Tu es la première personne interviewée deux fois dans Désinformations.com ; peux-tu donc confirmer à nos lecteurs les propriétés addictives de la conversation de Maître Roger ?

A ce point de ma vie, cher Maître, mon addiction est plutôt tournée vers les opioïdes et je voudrais que tu puisses encore trouver des chapeaux à ta taille sans faire appel à du sur-mesure, tu as charge de famille et les dépenses inconsidérées sont à éviter.

Tu aurais quelques mots «chutzpa punim» à partager pour finir ?

Mon dernier acte n'est pas connu, je vais donc avoir la chutspa, le toupet de ne pas répondre. Le silence me convient bien.

 

#Manuela Wyler |

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