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Marsupilamima : au théâtre, blogueuse !

du Rédacteur Suprême
publié le 12-05-2016

La blogosphère, espace de contraste s'il en est, rassemble toutes sortes de gens, de passions, de professions, de perversités, d'écritures... Martine Silber, aka Marsupilamima, auteure du blog titré de même, a répondu au traditionnel appel de notre bienaimé rédacteur suprême, toujours en recherche de talentueux cobayes souhaitant s'adonner aux délices de l'interview sans concession dont le créateur de Désinformations.com depuis 1999 a le secret. Après épuisement des usuels délais de procrastination paraît donc enfin l'interview de Marsupilamima, attendue de tous les internautes avec une légitime impatience. Et si elle est certes un peu bavarde, le plaisir n'en est que plus long.

marsupilamima

Martine Silber (@marsupilamima)

son blog : Marsupilamima

Qu'est-ce que c'est que ce pseudo et titre de ton blog, «Marsupilamima» ?

C'est une contraction du marsupilami (parce que mes enfants ont toujours dit que je ne tenais pas en place) et de mima qui est le verlan de mamie.

Qui es-tu ? D'où viens-tu ?

Journaliste sans journal d'où le blog parce que j'aime bien être journaliste. J'ai quitté le journal Le Monde parce qu'il y avait un plan social et qu'il fallait 129 départs. Comme j'étais déléguée du personnel, j'ai participé aux négos, aux grèves, aux manifs et je n'avais plus envie de rester. Le fait qu'on avait assez bien négocié les départs d'un point de vue financier a aidé aussi...

Tu as créé ton blog en 2008, selon la remontée dans tes archives (très pénibles à explorer dans blogspot, d'ailleurs). Pourquoi continuer à écrire autant, et peut-être même plus, plutôt que juste ne rien faire à la retraite ?

J'ai ouvert le blog dans la semaine qui a suivi ma retraite.

Je n'avais aucune idée précise de ce que j'allais faire de ce blog et mes premiers billets racontent les découvertes que j'ai faites et les premières rencontres sur les réseaux sociaux. J'ai d'ailleurs été beaucoup aidée et encouragée par des twittos .C'était l'époque des concours de quéquettes sur le classement wikio et ça m'a beaucoup amusée, par exemple, de voir tous les blogueurs sérieux, politiques, hurler au loup parce qu'ils étaient dépassés par un blog «de fille» qui s'appelait Poppy Rose.

A quoi sert ton blog ?

Il m'a par exemple donné l'occasion de raconter quelque chose qui échappait complètement aux gens : le renouveau des travaux d'aiguilles, quelque chose qui s'est encore énormément développé depuis 2008. Beaucoup de jeunes femmes, parce que les fringues coûtent trop cher mais aussi parce que c'est un moyen d'expression se mettent à la couture, à la broderie, au crochet, au tricot. Je suis moi-même une Serial Tricoteuse et une couturière débutante.

Les vieux magasins ont fermé ou se sont adaptés et il y a énormément de nouvelles boutiques, de blogs, de groupes facebook, de sites comme Ravelry qui a plus de deux millions d'adeptes dans le monde et où chacun et chacune poste des tutos, gratuits ou payants. Il y a beaucoup de rencontres «en vrai», des cours mais aussi des cafés tricot, des bars tricot etc. Chacun (car il y a des hommes) et chacune apporte son ouvrage et on discute, on s'entraide. Cela permet de rencontrer un tas de personnes qu'on n'aurait jamais connu autrement.

Par exemple, j'ai rencontré le Gang de la Wool pendant le festival d'Avignon qui vient de réaliser une opération (début mai) à Avignon à l'occasion d'AlteraRosa, une manifestation autour des roses. C'est une forme de street art mais au lieu de graffiti ou de murals, c'est du yarnbombing, on recouvre le mobilier urbain, les arbres, de pièces crochetées ou tricotées (voir @JuKatseye pour les photos)

C'est la même chose pour la couture. On s'amuse beaucoup même si on travaille sérieusement !

Comment expliques-tu que tu puisses écrire des billets presque tous les jours sur le théâtre alors que dans la presse intellectuelle que je lis (Le Monde, Télérama) il y a si peu de pages consacrées au spectacle vivant ?

Peu à peu, le blog est devenu uniquement un blog théâtre parce que tout simplement, j'étais critique de théâtre au moment où j'ai quitté Le Monde et que j'ai continué à recevoir des invitations. J'en reçois d'ailleurs de plus en plus. Il me semble normal d'écrire à partir du moment où tu ne payes pas tes places.

En 2008, les blogs n'étaient pas bien considérés par la profession. J'avais fait une sorte de sondage auprès des attachés de presse et tous disaient ne lire que les blogs de journalistes. Mais la diminution des paginations des journaux papier, le fait que dans un service culture la place du théâtre est de plus en plus congrue et donc qu'il y a de moins en moins d'articles et que ces quelques articles soient surtout réservés aux grands théâtres, a fait que les blogs ont sinon remplacé du moins apporté la diversité qui manquait aux lecteurs.

Les blogueurs se sont aussi professionnalisés tout en apportant une insolence, une fraîcheur, une liberté de ton qui a disparu des medias traditionnels. Ils comptent beaucoup aujourd'hui mais ils ne sont pas non plus très nombreux. Signe des temps, des blogueurs ont lancé lors du Festival d'Avignon, un journal gratuit qui est à la fois en ligne et papier : IO Gazette et il n'y a aucun critique professionnel. Cela a si bien marché qu'il a été reconduit pour le Festival d'Automne et qu'on le trouve lors des grandes manifestations du théâtre comme le Kunstfestival, à Bruxelles. Je participe aussi à une revue papier qui s'appelle Théâtre(s).

Et twitter, dans tout ça ?

Les twittos théâtre sont des passionnés qui échangent souvent à la sortie du théâtre en faisant des tweetcrites, des critiques en 140 signes avant d'écrire leur billet. Je les ai surnommés les twittos de minuit car ils twittent immédiatement à la sortie de la représentation. Certains d'entre eux sont d'ailleurs souvent invités et ont su créer leur place dans ce monde qui n'est pas si fermé qu'on pourrait le croire. Ils vont souvent au théâtre ensemble, parfois même à l'étranger pour un spectacle qu'ils ne peuvent pas attendre de voir en France.

Une jeune femme, Gladys Lyonné (@Gladscope), a eu l'idée de faire se rencontrer les blogueurs dans des théâtres, lors de Gladparties et c'est un énorme succès au point qu'il devient difficile d'obtenir une place et qu'il faille s'inscrire en ligne, plus d'une centaine de personnes s'y rendent à chaque fois et il y a beaucoup de déçus qui n'ont pas réussi à s'inscrire... On y trouve aussi bien des critiques professionnels que des blogueurs ou des attachés de presse et parfois des comédiens, des metteurs en scène. La plus récente a eu lieu le 9 mai au Théâtre de L'Odéon.

Qui sont tes lecteurs ?

Je ne sais pas qui lit mon blog, à part les twittos et les gens des théâtres. Je ne regarde pas les statistiques, j'écris parce que j'aime bien l'idée de faire partager des plaisirs, des découvertes, des chocs.

Tu es sûre que tu ne veux pas juste rien faire, pendant ta retraite ?

Ma retraite, c'est théâtre le soir, écrire dans la journée, mais aussi me livrer aux travaux manuels qui vident la tête et emplissent les mains. Et bien sûr, à lire, des revues, des blogs, des journaux et des tas de romans.

Sans oublier des balades dans Paris avec des touristes grâce à l'association Parisien d'un jour, Paris Greeters comme @Dedelajoie. Comme je parle plutôt bien anglais et espagnol, c'est aussi l'occasion de discuter dans ces langues qui me manquent.

J'ai du mal à ne rien faire. On se reposera quand on sera morts.

Es-tu prête à vivre une nouvelle vie de gloire après la future publication de ton interview à Désinformations.com dont l'audience internationale n'a rien à envier à celle de ton ancien journal ?

Je n'ai jamais aspiré à la célébrité, alors je ne sais pas quoi faire pour continuer à y échapper...

Où Maître Roger peut-il t'inviter à dîner pour t'être plaisant ?

Si Maître Roger a la gentillesse de m'accompagner au théâtre, ce sera en général un jambon beurre juste avant. Je pourrais faire un guide des bars de théâtre de Paris et de banlieue... mais là, j'ai la flemme.

 

#Martine Silber | #Marsupilamima | #théâtre | #Le Monde

lire son blog : Marsupilamima

 

le billet d'avant, le 02-05-2016

Regarder à l'intérieur de la pomme cachée

le billet d'après, le 31-05-2016

Le petit soleil de la blogosphère

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