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Des fraises et de l'interview

du Rédacteur Suprême
publié le 22-07-2016

L'interview d'aujourd'hui est non seulement celle d'un animal mâle qui aime tout un tas de choses mais aussi un survivant de l'âge d'or des blogs et du temps où, sur Twitter, nous partagions le bon goût des gens et le bouare. Laurent, alias Monsieur Fraises, nous invite au voyage dans nos douces archives pas encore deux point zéro et nous incite encore aujourd'hui à nous émerveiller des beautés du monde, qui sont nombreuses. Lisez-en, mangez-en : c'est si bon.

MonsieurFraises

Monsieur Fraises (@MonsieurFraises)

son blog : Des fraises et de la tendresse

Traditionnellement, cette interview commence par une question comme «qui es-tu ?» mais tu as un peu tué le jeu avec tes trois lignes de présentation très précises sur ton blog. Tu es fier de ton coup ?

J'aurais volontiers répondu à la question «qui es-tu ?» par un aphorisme de Pierre Dac : «Qui sommes-nous ? D'où venons-nous ? Où allons-nous ?» je réponds : «en ce qui me concerne personnellement, je suis moi, je viens de chez moi et j'y retourne».

Quand, comment et pourquoi es-tu devenu blogueur ?

Je crois que c'était en 2006. L'âge d'or des blogs, c'était même avant. C'était chouette, ça pétait pas plus haut que son cul, ça échangeait, ça se fritait pour des âneries, ça se rencontrait autour d'apéros, ça rêvait de «monétiser» ou de publier chez un vrai éditeur ou pas. D'ailleurs, certains l'ont fait. Je pense à Anna Sam et ses «Tribulations d'une caissière» ou Bénédicte Desforges et son «Flic !». Je les ai lues, rencontrées, j'ai passé quelques soirées passablement arrosées avec elles et d'autres blogueurs. Mais je m'égare, Edgar. Le pourquoi du comment ? J'ai toujours aimé écrire, c'est bête comme chou. Un blog c'est la façon la plus simple et la plus directe. Tu écris tu publies.

Avant «Des fraises et de la tendresse» créé en 2009, tu avais un autre blog que tu avais commencé en 2006. Pourquoi avoir changé de concept ?

Le blog s'appelait Ohlebeaujour en référence à Beckett. Les trois lignes qui le présentaient me définissent encore assez bien. Je te les copie-colle : «Oh, le beau jour !» disait inlassablement Winnie dans la pièce presque éponyme de Beckett. Coincée dans son monticule de terre, elle fait l'inventaire souriant (et désespéré) de son sac à main et des jours qui défilent. Dans mon «sac à main», un fatras de merdouilles et de merveilles, des ratages et des envols, des amis, des amants, des cons, une dosette de mauvaise foi et beaucoup de tendresse. Pourquoi avoir changé ? On a la journée ou la soirée pour que je t'explique ? [Note de Roger : les questions, c'est moi qui les pose]

Pourquoi aimes-tu Paris ?

J'ai encore et toujours le regard du gamin sur une ville immense et merveilleusement belle (si l'on occulte à la fois son côté Disneyland et l'embourgeoisement qui, par la force des choses, expulse ses habitants). J'ai une vision idéaliste et volontairement optimiste de la ville dans laquelle je vis.

Pourquoi aimes-tu Ella Fitzgerald ?

C'est une des rares artistes à me mettre d'aussi bonne humeur quand je l'écoute. Let's call the whole thing off (en duo avec Louis Armstrong) me met toujours en joie. Cette femme a eu un destin incroyable. Elle a tout donné au jazz. Il émane d'elle une pureté que j'ai rarement trouvée chez d'autres artistes.

Qu'est-ce qu'il dit de toi, le premier café de la journée ?

Le matin je suis un pantin ambulant. Si je n'ai pas pris ma dose de caféine je suis capable de prendre la mousse à raser pour le dentifrice et boire au goulot la vinaigrette au frigo.

Tu as déjà donné une interview à Miss Blogdel en 2012. Tu es donc déjà une star avant même d'avoir publié ton interview dans Désinformations.com ; qu'est-ce qui te motive pour cette interview à Maître Roger ? Que peut-elle t'apporter de plus que celle par Miss Blogdel ?

Miss Blogdel m'a payé des coups, elle. Ce qui me motive dans cette interview ? Te faire passer pour Laurent Boyer qui m'accorde un Fréquenstar.

Tu as aussi donné une interview à Gaëlle Picut sur ta vie professionnelle. Ça t'amuse de flinguer le business des interviewers suivants ?

L'interview donnée à Gaëlle était centrée sur ma vie d'hôtelier. Au-delà des anecdotes et des perles que je livre sur Twitter et sur mon blog, ça m'a beaucoup amusé de partager mon quotidien d'hôtelier, mon parcours, mes questionnements.

A l'heure de l'écriture de cette interview, tu as épinglé un tweet pour inviter les gens à cesser de chouiner et s'émerveiller de la beauté du monde. Et toi, qu'est-ce qui t'a émerveillé, dernièrement ?

Je m'émerveille des choses simples. A pied ou à vélo à Paris, c'est facile de lever le regard, d'inventer des formes aux nuages. Dernièrement, j'ai observé les roses trémières qui fleurissent le long des boulevards Raspail et Denfert-Rochereau. Avec un effort d'imagination, tu te sentirais presque sur l'Ile de Ré. La végétalisation des villes, les herbes folles dans la capitale, chardons et pissenlits, l'urbain mêlé au champêtre, tout ça m'enchante.

En 2009 et 2010, tu avais écrit des billets sur deux sociétés financières, dont une t'a présenté des excuses. Ça fait quel effet d'être un influent, respecté des puissants grâce à ton blog, depuis tant d'années ?

Je vois que tu as été au fond de la mine de mon blog pour préparer cette interview. Du vrai journalisme (#MonAnalyse). C'était en 2009, j'étais harcelé par X et Y. Ils me disaient bleu le lundi, jaune le mardi, et vert la semaine d'après. Lorsque finalement j'ai eu gain de cause et entendu leurs excuses, j'ai voulu les recevoir par écrit. «Ah mais non vous comprenez, on ne peut pas faire ça». «Si si vous pouvez et vous allez le faire». Un mois plus tard, j'ai reçu les plus plates excuses de X. J'ai failli l'encadrer, cette lettre. Moralité, toutes ces histoires m'ont vacciné. Depuis je ne vis plus à crédit.

Quant à la pseudo-influence des blogueurs, je répondrais que de réussir à faire acheter ne serait-ce qu'un livre ou voir un spectacle, ou provoquer un sourire, un rire ou une tendresse d'âme chez mes lecteurs, c'est une influence dont je ne suis pas peu fier.

Et si la petite fille qui pense que la Tour Eiffel a été construite en 888 trouve ton blog, que se passera-t-il ?

Comprend-elle le français aussi bien qu'elle parle l'anglais et le russe ? On n'est pas à l'abri d'une surprise, qu'elle tombe sur mon blog et se reconnaisse dans ce que je raconte, dans la couleur que je donne à mes chroniques. Parlant de surprises, ce blog m'en a réservées quelques-unes. Un jour, j'ai vu affiché un de mes billets dans la salle du personnel d'un des hôtels où j'ai bossé. Après enquête, j'ai appris qu'il avait été affiché par la directrice de l'établissement. Ou encore, plus émouvant, j'ai appris qu'un aide-soignant lisait mon blog à une de ses patientes dans une maison de retraite en Suisse. Elle lui demandait régulièrement de mes nouvelles. Ni lui ni moi ni elle ne nous connaissions. Ce sont des hasards extraordinaires qui nous ont connectés.

Depuis que tu connais Maître Roger, comment ta vie a-t-elle changé ?

Je ne lis plus l'horoscope de la même manière. Je le lis plus volontiers.

On s'invite à dîner où ?

Un restaurant gastronomique. Jamais fait. On demande à Kisskissbankbank et tes lecteurs de nous payer la note ? [Note de Roger : cf. remarque supra]

Quelle musique as-tu écoutée pour répondre à cette interview ?

J'ai laissé le soin de la programmation musicale à iTunes et son mode aléatoire. Nous avons eu tour à tour Catherine Ringer, Mathieu Boogaerts, Marisa Monte, Grace Jones, Gainsbourg ou Jean-Luc Lafesse... Oui j'ai aussi des sketches dans ma discothèque.

Et l'hostellerie, dans tout ça ?

Un boulot comme un autre. Que j'essaie de faire du mieux que je peux avec de moins en moins de moyens techniques et humains. Je fais actuellement mes armes dans un 5 étoiles avec une clientèle peu avare d'excentricités... que je partagerai volontiers.

 

#Monsieur Fraises | #Miss Blogdel | #Paris | #Ella Fitzgerald

lire son blog : Des fraises et de la tendresse

 

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